English Polyphony at the Versailles Chapel Royal

Classique News, by Monique Parmentier, 13 June 2012

Les Monteverdi Choir : 50 ans, déjà ! L'âge d'or...

Il a choisi d'offrir au public la quintessence de son répertoire, celle à laquelle il ne revient que très rarement et dont les difficultés d'interprétation n'en soulignent que mieux les qualités qu'il a développé avec ce chœur unique.

Il a choisi d'offrir au public la quintessence de son répertoire, celle à laquelle il ne revient que très rarement et dont les difficultés d'interprétation n'en soulignent que mieux les qualités qu'il a développé avec ce chœur unique. Certes les chanteurs ont changé, mais comme il y a 50 ans ou lors du Pélerinage Bach, il y a 12 ans, c’est toujours la même passion et le même bonheur de se retrouver autour de leur chef qui les animent. A 50 ans, ils font rayonner avec la même conviction les émotions musicales les plus denses et les plus intenses dans le cœur du public.

Ce nouveau programme ne pouvait pas être mieux choisi. C’est celui de l'âge d'Or a capella de l'époque des Tudor ! Ainsi les trésors de la polyphonie anglaise de William Byrd, celui que l'on considère comme le maître absolu de la musique élisabéthaine, à Thomas Tallis son maître, en passant par des compositeurs qu'il influença et lui succédèrent, ne peuvent pas mieux symboliser cette maturité qui fait du Monteverdi Choir l’un des chœurs, si ce n’est le chœur, le plus splendide au monde. C’est une musique céleste et bienveillante qui leur sied à merveille. C’est celle de ces catholiques fervents, que furent Tallis et Byrd, qui grâce à la protection royale, purent composer pour des anglicans, en permettant peut – être ainsi de briser, un tant soit peu, les fanatismes.

A chaque lieu, toutefois le programme subira quelques adaptations. Après Onet le Château et Toulouse et avant le Royaume-Uni et Salzbourg, c'est donc la Chapelle Royale du Château de Versailles, qui accueillait ce programme extrêmement complexe, inaugurant ainsi avec Gardiner, son festival d'été consacré à Haendel... cet anglais d'adoption qui ne doit rien ou si peu à cette musique qu'on nous proposait ce soir, mais qui redonna à la musique anglaise un nouveau souffle également.
Et pour la troisième fois après des Vêpres à la Vierge inoubliables de Claudio Monteverdi en 2010 et des cantates de Bach en 2011, ce retour à la Chapelle Royale a de nouveau rencontré l'enthousiasme d'un public international.
En dehors de quelques hésitations dans la mise en place du chœur avant certains motets, tout ce soir fut source de bonheur dans ce lieu unique. Y compris peut-être ces imprécisions qui nous montrèrent par des sourires complices et des œillades entre le chef et ses chanteurs, combien la musique avec Sir John est un plaisir de tous les instants.

Byrd transcendant

Sous sa direction d'une grande souplesse, soignant les phrasés, attentive et généreuse, le Monteverdi Choir rajeuni a permis à cette musique à la splendeur austère de nous toucher. Cette musique qui vous oblige à venir vers elle, lorsqu'au loin elle s'élève sans jamais rien vous concéder dans sa complexité comme dans son message trouve ici des interprètes de grande valeur. Entrant puis ressortant au début et à la fin du concert en procession, ils prennent possession de nos esprits et d'un espace qui semble devenir infini, afin de faire entendre la grâce, l'harmonie des sphères, d'un monde où le divin émane de l’inconnu, d’un lointain qui vous interpelle, mais où les ombres guettent celui qui doute.

De ce concert, en dehors d'une tousseuse qui n'a d'ailleurs pas hésité à se moucher bruyamment (!) durant les Lamentations de Jérémie de Robert White, brisant un instant d'une exaltante ferveur, l'on retiendra surtout ces nuances infimes à la limite du murmure et qui redonnent à certains mots un impact émotionnel intolérable ou flamboyant. Ils sortent de la nuit et de la peur pour mieux nous soutenir ou nous écraser. Ce sont des mots qui comme dans « Civitas sancti Tui » de William Byrd, trouvent avec le Monteverdi Choir un impact dramatique qui s’affirme, montrant la fragilité de l'humaine condition tel « desert », « desolata est », ou l'infini sollicitude de cet inconnu, que certains appellent « dieu » dont on veut espérer ce que l’homme est incapable de donner. « Pace » raisonne dans « Nune Dimitis » du même compositeur dans toute sa splendeur comme un appel et une main tendue. Ce motet fut certainement l'un des instants les plus forts de ce concert. Reste enfin et surtout un final transcendant, dans sa maîtrise de cet espace rendu infini par des voix qui font résonner jusqu'au voûte de la sacristie cette flamme qui embrasse et purifie les cœurs ou les consume à jamais.

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